Les Jeux olympiques d'hiver, qui se déroulaient à Vancouver, au Canada, sont terminés.
Pendant deux semaines, les Français, champions d'Europe de la morosité, ont oublié l' escalade du chômage, la glissade du pouvoir d'achat, la descente en flèche de leur moral, et n'ont plus eu à la
bouche que triples boucles piqués, grand tremplin et supercombiné.
Grâce au décalage horaire, ils se sont, toutes les nuits, oxygéné l'esprit et les poumons, et même ceux qui détestent la neige ont adoré les sports d'hiver.
A cet égard, je ne serais pas surpris que, malgré des couchers tardifs et des réveils embrumés, le dynamisme retrouvé de la population n'ait pas produit quelque effet positif sur les statistiques
macroéconomiques. Nous verrons...
Quoi qu'il en soit, cette collective poussée d'adrénaline est surprenante, et quelque peu réjouissante.
Car, à bien y regarder, le ski de fond, le biathlon, ou le skicross n'ont rien pour enthousiasmer les foules, et, jusqu'à une époque récente, ils ne provoquaient chez nos concitoyens qu'une
indifférence polie.
Mais les choses ont changé, parce que, tout compte fait, ils apportent un spectacle, des valeurs et des champions qui nous changent de l'ordinaire.
Ces gars et ces filles, ils prennent des risques ou ils en bavent pour pas grand chose, ils ne trichent pas, ils ne parlent pas la langue de bois, ils sont frais, modestes, rafraîchissants, ils
sont aussi beaux que leurs montagnes.
Rien à voir avec les mercenaires du ballon rond, richissimes, tricheurs et cyniques.
Lorsqu'une médaille est gagnée, ou que, simplement, l'épreuve est terminée, pas de doigt pointé vers le ciel, de course hystérique devant les tribunes, ou d'étreintes indécentes.
Rien qu'un écroulement dans la neige, parce qu'on a tout donné, et que c'est cela le bonheur.
En ski ou en patin, pas de mercato, pas de transferts, pas de primes à la signature, pas de clubs les plus riches du monde, qui achètent tout ce qui bouge, pas de vedettes gominées qui méprisent
partenaires et adversaires. Pas de Ronaldo, pas de Doménech.
En ski ou en patin, pas de but à l'extérieur qui compte double, pas de calculs, tout le monde peut gagner. C'est le chrono qui décide, ou celui qui reste debout qui gagne.
Sur la tête, un casque, mais pas d'écouteurs dans les oreilles. Pas pratique pour entendre rire les copains, ou chanter les oiseaux...
La fiancée, c'est une fille du même village, que l'on a connue à l'école, pas un mannequin décoloré, qui cherchait fortune, rencontré lors d'une soirée douteuse.
Pour les skieurs ou pour les patineurs, pas de pub pour les mousses à raser, pas de limousine pour aller à l'entraînement, pas de frime, car la chute est vite arrivée.
Alors, oui, ces gars et ces filles, on les aime. C'est une grande bouffée d'air frais.
A propos, il y avait, hier soir, le match de football PSG-OM. Les Marseillais n'étaient même pas venus à Paris pour voir le spectacle. Trop dangereux. Du coup, les Parisiens se sont écharpés entre
eux, faute de mieux.
Vancouver est terminé.
Et pour Sotchi, il faudra attendre 2014...