A trois mois du mondial sud-africain de football, les meilleures équipes de la planète sont en chantier.
Les sélectionneurs, tempête sous le crâne, font, défont et refont ce qu'ils croient être la meilleure formation possible, la plus solide ou la plus talentueuse, la plus digne en tout cas de
représenter le pays, celle qui, peut-être, le 11 juillet 2010, fera chavirer tout un peuple, et s'inscrira dans l'histoire du sport- roi.
Toute l'année, les responsables du ballon rond ont parcouru des milliers de kilomètres, à pied, à cheval et en voiture, ont consulté les présidents de clubs, les entraîneurs, les anciens
sélectionnés, les joueurs professionnels et amateurs,ont regardé joué les benjamins, les cadets et les juniors, espérant découvrir le nouveau génie du théâtre des rêves, ont regardé tous les matchs
nationaux et internationaux, toutes les vidéos, examiné tous les ralentis, les arrêts sur image, ont fait brûler des cierges et prié à Lourdes.
Et, bientôt, ils pourront coucher vingt-trois noms sur le papier, les noms des vingt-trois artistes qui partiront pour une aventure glorieuse ou une rapide capitulation.
Dans cette quête de la meilleure équipe possible, les sentiments n'ont pas leur place.
Ce sont les meilleurs du moment qui sont choisis, on oserait même dire les meilleurs de l'instant.
Dans les grands pays de football, comme dans ceux qui n'ont jamais rien gagné, on élimine autant que l'on sélectionne, la carte de visite des uns ne pèse rien face à la forme étincelante des
autres, les exploits passés n'ont pas grande valeur comparés aux prouesses des moins connus, mais plus efficaces.
Et c'est bien logique, puisque, après tout, le sport, ce n'est pas la Sécurité sociale.
Ce n'est pas parce que l'on a cotisé pendant plus de dix ans à l'équipe nationale que l'on y acquiert à vie une place de titulaire pensionné.
Cette évidence, cruelle, s'impose partout. Partout...sauf en France.
En France, nous avons Thierry Henry.
Thierry Henry, dont on apprend aujourd'hui- même qu'il est le sportif français qui a empoché le plus d'argent en 2009, et ce pour la troisième année consécutive: la bagatelle de 18,8 millions
d'euros, après avoir touché 17,7 millions en 2008.
18,8 millions par an, c'est 1,56 million par mois, soit 52220 euros par jour, soit 2175 euros par heure.
Autrement dit, notre footballeur- vedette gagne en une heure ce que plus de la moitié de la population ne gagnera jamais en un mois.
Pour ce prix-là, me direz-vous, on doit avoir affaire à ce qui se fait de mieux sur les gazons, à quelqu' un qui laisse sans voix les spécialistes du une-deux et du râteau, qui fait se lever en
tribune les adeptes du petit et du grand pont, les fanatiques de l'aile de pigeon et de la talonnade.
Non point.
On pourrait, en utilisant une formule ramassée, énoncer que les revenus de Thierry Henry, depuis trois ans, sont inversement proportionnels à son rendement sur le terrain, ce qui constitue une
sorte d'aberration financière et sportive.
Lumineux jusqu'au début des années 2000, il est maintenant un rentier de ses années de gloire, un homme d'affaires chaussé de crampons.
Plus de raids meurtriers qui laissaient sur place partenaires et adversaires, plus de slaloms dans les défenses adverses, plus de boulets de canon tirés de trente mètres, qui laissaient pantois les
gardiens les plus affûtés.
Non, maintenant, notre Thierry Henry, qui est aussi le capitaine à vie de l'équipe de France, est un spécialiste du saut de cabri, de l'emmêlage de crayons, des courses poussives le long de la
touche, et même du cirage de banc dans son club, le grand Barcelone, où il est relégué au rang de remplaçant.
Mais, en équipe de France, il a toujours son casier, et son rond de serviette à Clairefontaine, où il se répand à loisir dans les interviews à la presse.
Une fois pour toutes, notre sélectionneur a décidé que notre Titi national, contre toute logique, irait encore une fois jouer une coupe du monde, la quatrième de sa carrière.
Après tout, c'est grâce à une main de Thierry Henry que notre pays pourra jouer les utilités en Afrique du Sud, et que ledit sélectionneur a conservé son poste pour quelques mois
supplémentaires.
Encore une coupe du monde, celle de 2014, et Titi égalera le portier mexicain, Carbajal, qui en joua cinq.
En 2014, Titi gagnera donc plus de 20 millions d'euros et sera toujours notre méritant capitaine.
Après sa main, le pied !