France, printemps 2010.
Arrêtez-moi si je me trompe...
Dans les campagnes, les agriculteurs ont perdu un tiers de leur revenu en un an, les exploitations n'assurent plus qu'un salaire de misère à des paysans qui travaillent 15 heures par jour. Et rien
ne se passe.
Dans les villes, les industries ferment les unes après les autres, on parle d'une France bientôt sans usines, minée par les délocalisations, les faillites, et les cessations d'activité, même dans
des branches où les profits étaient pourtant florissants. Et rien ne se passe.
Le chômage, même celui comptabilisé comme tel par les tripatouilleurs de statistiques, progresse de mois en mois, et atteindra bientôt 10 % de la population, beaucoup plus si l'on compte les
personnes qui ne travaillent que quelques heures par mois, ou celles qui ne s'inscrivent même plus. Et rien ne se passe.
Les retraités, eux, après quarante ans de travail, peinent, pour la plupart, à gagner 1000 € par mois, des milliers ne touchant même pas cette fortune. Et puisque la France vieillit , c'est une
population de miséreux que le pays comptera très bientôt. Bombe à retardement. Mais rien ne se passe.
Le pays ne produit plus. Les années, encore récentes, où la France était une belle vitrine, exportant son savoir-faire dans le monde entier, et concurrençant sans complexe l' Allemagne, sont
révolues. Nous sommes devenus totalement dépendants des autres, et le déficit du commerce extérieur s'accroît lui aussi de mois en mois. Mais rien ne se passe.
Les gens n'arrivent plus ni à acheter, ni à se loger dans des conditions décentes. Un deux pièces, en banlieue, c'est 900 € par mois. Avec des enfants, pas possible pour beaucoup, sans aide de la
grand-mère, crédit sans fin à la banque, et plus grand chose dans les assiettes. Et rien ne se passe.
Plus de la moitié des Français gagne moins de 1500 € par mois. La baguette de pain va bientôt atteindre 1 €, elle était à 1 franc avant l'euro. Et on a pas pendu les boulangers à un croc de
boucher.
Mais les patrons du CAC 40 ont touché, en moyenne, 3,5 millions d'euros en 2009 Ils cumulent primes d'arrivée, bonus, dividendes et retraites chapeaux. Et rien ne se passe.
Depuis trois ans, le pouvoir est concentré entre les mains d'un seul homme. Il casse les hôpitaux, les tribunaux, les casernes, nomme les responsables de la télévision publique, supprime les juges
d'instruction.
Il insulte les chercheurs, les militaires, les préfets, et même les visiteurs du salon de l'agriculture. Et rien ne se passe.
Le pays s'enfonce dans une dette abyssale, que les générations futures ne pourront pas payer. Le budget de l'Etat ressemble à celui d'une entreprise proche de la faillite, malgré les milliers de
suppressions d'emplois de fonctionnaires, que l'on songe maintenant à remplacer par des retraités ou des étudiants. Misère. Et rien ne se passe.
Ce pays est devenu celui où les policiers, les détenus, et les employés d'entreprises jadis publiques se suicident, celui où les caisses de sécurité sociale ne peuvent plus recevoir le public, et
où les trains arrivent en retard.
Mais rien ne se passe.
Le pouvoir est miné par les affaires: Mitterrand, Hortefeux, Jean Sarkozy, Penchard. Et rien ne se passe.
L'autre jour, le bon David Pujadas, qui recevait je ne sais plus quel homme ou femme politique (un peu) contestataire, lui demanda, quelque peu agacé: Alors, tout va mal en France ? Il
aurait suffi au questionné de lui demander ce qui allait bien, mais il ne le fit pas. Manque d'à-propos, sans doute...
Car pourrait-on, non pas dire ce qui va bien en France, mais trouver quelque chose qui ne soit pas catastrophique dans notre beau pays, au printemps 2010 ?
Ce beau pays s'endort, et nos ancêtres de 1789 doivent se retourner dans leur tombe. Tout ça pour ça, tonneraient-ils...
C'est bientôt le mois de mai. Il n'y a pas si longtemps, c'était le temps des cerises et des barricades.
Des cerises, il y en aura.
Mais les barricades, sait-on encore les faire ?