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Afrique du Sud, 20 juin 2010, pendant la coupe du monde de football.
Dans un village reculé du pays, loin de toute civilisation, de téméraires explorateurs assistent , partagés entre la peur et l'excitation de la découverte, à une cérémonie rituelle, dont la signification leur échappe.
Au centre du village, devant une population de quelques centaines d'individus, qui vocifèrent et soufflent dans de longues trompettes, une quinzaine de guerriers, certainement des grands chefs venus de toutes les tribus de la région, en tenue d'apparat de couleur bleue, blanche et rouge, est regroupée en une sorte de grand conseil.
A quelques mètres de cet inquiétant aréopage, quelques hommes blancs, certainement tombés dans une embuscade, puisque leurs véhicules ont été abandonnés non loin de là, observent ce qui se passe.
Les explorateurs, masqués par l'abondante végétation qui leur permet de voir sans être vus, s'approchent, et tentent de capter quelques bribes du conciliabule inquiétant qui réunit ces farouches autochtones.
Ce qu'ils entendent est quelque peu déconcertant, car, pour ces spécialistes des dialectes africains, l'idiome utilisé par les guerriers ne correspond à aucun de ceux dont ils ont connaissance. Peut-être s'agit-il d'une langue non répertoriée, utilisée dans les grandes occasions, et ignorée de la communauté scientifique?
Quelques sons reviennent néanmoins dans la conversation, remarquent les explorateurs. ...A-nel-ka...Do-me-nec...Va-te-fer...Sal-fis-de...Es-ca-let...
Impossible, pour ces esprits éclairés, de comprendre ce qui se trame, mais les grands gestes des guerriers, leur allure menaçante, et le fait que certains pointent ostensiblement leur majeur vers le ciel, selon une vieille tradition ancestrale, laissent penser que les tribus sont sur le sentier de la guerre.
Par miracle, il se trouve, parmi les explorateurs, un spécialiste du langage de l'ouest européen, notamment celui des grandes banlieues des métropoles occidentales. Il n'en croit pas ses oreilles, et ose à peine en référer à ses collègues.
Ce dialecte, leur explique-t-il néanmoins, lui paraît être une variante du ...français, que l'on parle dans certaines régions déshéritées des grandes villes, particulièrement dans le nord de la métropole parisienne.
Mais, comment, se demande-t-il, ce sabir a-t-il pu se propager jusque dans la savane sud-africaine?
Au centre du village, l'excitation, remarquent les explorateurs, est maintenant à son comble.
Un homme blanc, à cheveux blancs et portant des lunettes, s'approche dangereusement du groupe des grands chefs.
Ceux-ci lui remettent une sorte de message, inscrit sur une feuille d'arbre sacré, qu'il est chargé de lire à la population du village.
Il s'agit certainement d'une prière adressée aux dieux, ou peut-être d'une invocation aux esprits de la forêt, prélude à des sacrifices d'animaux ou de prisonniers.
L'homme blanc, lui aussi en tenue bleue, blanche et rouge, est maintenant encerclé par les grands chefs.
Les explorateurs craignent le pire, car, en principe, à ce moment de la cérémonie, la tradition africaine voudrait que la victime fasse l'objet d'un macabre rituel...
Mais, à leur grande surprise, l'homme blanc est épargné, et aucune goutte de sang n'est versée.
Il est seulement ordonné à l'homme blanc à lunettes de lire à la foule le message qui lui a été donné, tandis que les guerriers s'emparent des véhicules abandonnés par leurs otages et s'enfuient dans la brousse.
Cette fois, les explorateurs comprennent précisément ce qui est lu par la voix chevrotante de l'homme blanc à lunettes.
Sa langue est bien, elle aussi, le français, mais un français différent, académique, et pour tout dire, complètement différent de celui des grands guerriers.
Le message fait référence lui aussi, parmi d'autres choses, à Anelka, dont les explorateurs pensent qu'il pourrait être un dieu local, adoré par les tribus avoisinantes.
Sitôt la lecture du message achevée, la population se disperse, au son des trompettes, mécontente, apparemment, de ce qu'elle a entendu.
Puiqu'il n'y a plus rien à voir, les explorateurs rebroussent chemin, perplexes, se refusant, dans l'immédiat, à donner un sens à ce qu'ils ont vu.
Quant à l'homme blanc à lunettes, qui, contre tous les usages, n'a pas été sacrifié, il reste seul dans la savane, rejoignant à pied son lointain campement...
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